Un matin, je me suis réveillée entre de nouveaux murs. J’ai senti une nouvelle odeur, ouï le nouveau brouhaha de la rue voisine, touché ces nouveaux meubles et apprivoisé mes nouveaux colocataires.
Un autre matin, j’ai réalisé que je m’étais appropriée ce nouvel environnement. Le plaisir de voir s’installer une autre routine, d’adopter un nouveau rythme, de ressentir l’atmosphère ambiante.
De vivre, tout simplement.
Focus sur West-End.
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Commençons par le commencement : la maison. Celle qui fait qu’on s’y sent bien, en sécurité, chez soi et dans sa bulle. Avec Joseph, c’est dans une petite maison type Queenslander que nous avons jeté l’ancre, après quelques discussions houleuses et un débat passionné. Je le reconnais, j’ai eu un coup de cœur et impossible de m’en défaire, malgré les visites dans d’autres demeures. Je passerai mon semestre ici ou rien, j’habiterai ici avant d’habiter ailleurs. Dossier déposé, dossier validé, par ici la visite guidée. Le soulagement, la joie et un peu d’hystérie en prime !
Certes, ma chambre est petite comparée à toutes les autres ; l’insonorisation est un concept absent de ce genre de maison, la vaisselle s’accumule un peu trop rapidement et les moustiques règnent en maître malgré la présence de moustiquaires. Mais en contrepartie, j’ai mon barbecue, mon hamac, mon jardin, des colocs atypiques que j’adore, mon espace, ma machine à laver, une superbe cuisine avec de grands plans de travail, et surtout, surtout, je bénéficie d’un environnement au-delà de toutes mes espérances et d’une localisation exceptionnelle. Il a fallu un peu de temps à Joseph pour s’habituer à un standing évidemment moins élevé que celui d’une maison flambant neuve, mais lui aussi a, je pense, maintenant bien réalisé tous les avantages dont je vous ai fait part.
Habiter à West End, c’est le luxe de pouvoir tout faire à pied. C’est la satisfaction d’être à proximité de tous les lieux d’intérêt, que ce soit bars, clubs, supermarché et petits cafés. C’est le soulagement de ne dépendre d’aucuns transports, ici somme toute assez limités.
C’est finalement la fierté de pouvoir bénéficier d’un mode de vie …et de le partager à l’envi.
Un choix de vie et une belle référence à Woodstock
S’il y a bien une chose qui frappe en mettant les pieds dans ce quartier, c’est bien toute cette diversité et la tolérance qui en résulte. Ambiance alternative et très hippie. Comme je vous le disais, West End se veut convivial, ouvert et solidaire. Un réel petit village où, au bout de quelques semaines, les visages deviennent familiers, les conversations s’établissent sans gêne et l’intégration s’effectue rapidement.
Boundary Street, la rue principale, offre une incroyable palette de possibilités en ce qui concerne cafés, nourriture bio, boutiques vintage et librairies d’occasion. Je n’ai moi-même toujours pas eu l’occasion d’explorer chaque endroit tant il y a de choix. En réalité, tout est prétexte à savourer un café, à s’asseoir et à lire un bouquin tranquillement, à essayer les milliers de cheesecake pendant les révisions ou à siroter un jus de fruit frais et regarder ainsi les gens passer. Les cafés ouvrent de bonne heure mais sont fermés dès 17h. Les bars se remplissent dès la tombée du jour et ferment leurs portes au moment où les européens commenceraient à peine leurs folles nuitées. Quant aux marchés le week-end, ceux-ci regorgent de trésors culinaires et c’est la raison pour laquelle ils sont d’ailleurs très populaires. Quelle expérience que de goûter à tous ces produits frais en même temps que de tisser des liens avec les locaux qui sont là depuis 10, 20 ou 40 ans ! West End m’a littéralement transformée : je me suis mise à la cuisine, on ne m’arrête plus ! C’est ça, le mode de vie dont je fais aujourd’hui partie.
Chaque jour, j’ai la sensation d’avoir quelque chose à découvrir. La semaine dernière, c’était une brocante improvisée avec une cliente d’un café qui m’a joyeusement invitée. Petit vide-grenier où j’ai déniché des produits de beauté à prix cassés. Mardi soir, c’était la découverte d’un cocktail hors pair –Expresso-Martini, allez-y de bon cœur- en compagnie de mes collègues de travail, dans un bar qui m’a littéralement replongée dans les années 70 : concert local d’une jeune barista que j’avais déjà aperçue çà et là, des façons de s’habiller à l’image du style Woodstock, des gens tatoués et littéralement ensorcelés par la performance jouée, le tout dans une ambiance intime et tamisée. Malgré ma santé fragile ce soir-là, j’en suis ressortie plus que conquise et complètement dans ma bulle. Demain, ce sera sans doute un restaurant qui sera mon nouveau coup de cœur …si ce ne sont les quelques Australiens qui m’ont déjà ouvertement dragués lors de mes premiers essais au café !
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Ehhhhh oui, une fois installée, la seconde priorité était bien entendu de trouver de quoi me sustenter. Ou du moins de quoi financer mes voyages et tous ces extras. Direction donc West End en priorité, puis South Bank et la City. J’ai ratissé tous les quartiers, true story. J’avoue qu’il en faut de la volonté pour garder cette motivation intacte, chaque jour que je me présentais aux managers et m’apprêtais à recevoir un énième refus. Croyez-le ou non : même avec un sourire irréprochable et une expérience de vendeuse à mon actif, le travail se fait rare, même au noir. Force est de constater cela dit que… c’est en forgeant qu’on devient forgeron. J’en ai donc déduit que c’est en persévérant …que l’on devient pro dans ses recherches !
Bingo, deux essais à la clé. Un dans un luxueux restaurant grecque dont je tairai volontairement mon opinion sur mes 2h d’essai : pas pour moi, pas envie de déprimer en allant faire mon service du soir, pas envie de subir mon semestre. Et puis l’autre, dans un petit café plus posé (en apparence seulement), plus convivial et chaleureux, tenu par un manager on ne peut plus coolos sur les horaires et le contact humain en général.
Bienvenue chez Fillot & Co, mon nouveau QG du week-end ! Ouvert 7J/7 avec une serveuse en bonus les samedis et dimanches.
Que dire que je me régale … de vendre des choses que j’adore, d’avoir un manager ouvert d’esprit, de côtoyer des collègues qui sont aujourd’hui devenus des amis, mais aussi et faut le dire … de recevoir chaque semaine mon gagne-pain ! Il faut le reconnaître : c’est beaucoup de temps et d’investissement. Mais tellement gratifiant en sachant qu’ici les gens sont bienveillants. Curieux de savoir d’où je viens, ce que je fais, et de comprendre pourquoi je n’ai absolument aucune connaissance des tous les types de cafés qu’ils ont commandés. Ben quoi, je connais pas le Flat White ? Qu’avez-vous dit ?
– A decafeinated-mugacinno-with-zimmer-and-soy-milk-no-cream-extra-shot-extra-hot-and-two-raw-sugar, please.
– Anything else ? No, you’re sure ? (thank god)
Petite parenthèse sur toute cette culture bâtie autour du café : si ça, ce n’est pas en faire une montagne … ! Encore aujourd’hui je suis perdue entre les iced coffee, iced latte, iced mocha, iced chocolate, milkshakes, frappes, iced frappes, capuccino, piccolo, expresso, flat white, flat latte et j’en passe … en plus de toutes les déclinaisons que l’on peut s’amuser à commander à l’instar du decafeinated Mugacinno blablabla (je vous la refais pas). Honnêtement, MATE, y’a quasiment aucune différence entre ton mocha et ton latte.
Passons ! En plus de servir des cafés, des jus de fruit-frais-archi-frais, des tartes et pâtisseries et des brunchs cuisinés sur le vif … vous vous doutez bien que j’en profite également et gratuitement ! Mmmmmh les papillllllles, mmmmh les kilos 😀 Chaque semaine je deviens folle à ne jamais savoir quoi prendre. Chaque semaine ce sont aussi mes colocs qui me remercient d’être leur fournisseur officiel de sandwichs du dimanche soir, lorsque la nourriture restante se doit d’être mangée plutôt qu’être jetée. Bref, le rythme s’est confirmé, les week-ends sont bien chargés et ce n’est que le dimanche soir qui marque finalement mon début de ‘week-end’.
Heureusement que j’ai mon lundi, comme aujourd’hui, pour me poser et souffler…!













