Au palmarès des villes les plus flippantes et jamais visitées, je nomme Jodhpur en tête de liste, loin devant Johannesbourg (qui pourtant a elle aussi une réputation à tenir). Également numéro un des ruelles les plus étonnantes et colorées, aux décors de dessins animés Disney, où j’imagine clairement Aladin et Jasmine apparaître devant mes yeux et slalomer en tapis volant. Jodhpur, c’est la ville bleue. D’un bleu pastel éclatant et lumineux, où il est cependant nécessaire de s’aventurer dans des endroits insolites pour en percevoir toute sa richesse.
Mmmmh. En voilà une jolie description. En revoyant les nombreuses photos et en rassemblant les souvenirs, ce sont les côtés positifs qui prennent le dessus. La réalité est qu’on a aussi été ravies de n’y passer qu’une nuit !
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D’une part, le contexte de notre arrivée n’a pas aidé : avec plus de 3h de retard, on prend congé de notre bus de nuit à 2h du matin pour immédiatement se retrouver encerclées par une vingtaine d’hommes, de 15 à 25 ans, tous prêts à nous harceler pour nous conduire où bon leur semble. Deux filles en sac à dos au milieu d’un endroit glauque et en position de faiblesse, je peux vous dire qu’on n’a clairement pas fait les malignes. Ajoutez à cela les rudes négociations de tarifs, puis la bonne volonté d’un tuk tuk de nous prendre…si seulement ses copains nous suivent…et de ne pas savoir où aller. La guest house que nous cherchons, dieu sait comment nous avons fini par la trouver !
- Plus d’une heure de recherche dans le vieux centre, avec des téléphones qui n’ont bien sur plus de batterie.
- Un indien qui ne comprend pas l’anglais et bêta comme ses pieds (désolée).
- Des chiens errants, sans doute enragés (littéralement porteurs de la maladie), prêts à nous sauter dessus au détour de chaque petite rue.
- Une ville d’un premier abord glauque et peu, très peu accueillante dont on ne cherche qu’à fuir.
- Un sentiment d’apocalypse avec vitres explosées, habitations bétonnées et silence de mort en guise d’écho.
De l’aide, nous demandons de l’aide !
Désespérées, nous finissons par trouver des policiers, qui nous ont escorté là où nous cherchions demeure après moultes tergiversations. Bien entendu, les propriétaires ne nous attendaient plus, et la chambre non plus. De grâce, nous nous voyons au moins offrir un lit, avec salle de bain sans eau, sous entendu ni pipi, ni brossage de dent, ni douche, ni démaquillage possible avant une tentative de récupération de sommeil bien méritée. Confort zéro, après un bien long trajet…3h30 du matin au compteur, mmmh, demain est un autre jour. Au moins, nous sommes en sécurité.
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Revitalisées le lendemain, remplies d’optimisme après avoir changé de chambre et profité du roof top en petit-déjeuner, nous descendons affronter les rues, toujours alertes bien entendu. Mmmh. Les impressions de la veille se confirment : peu rassurante, cette ville. Un milliers de petites rues qui sont à la fois charmantes et flippantes, où l’interrogation de notre présence se lit sur tous les visages et où l’opportunisme n’est jamais très loin. Tour à tour, nous éviterons les mendiants, les nombreux enfants quémandant, et notamment un qui, décidément, ne nous aura pas lâché ! 14 ans à peine et pourtant si insistant. Une bonne heure avant de s’en débarrasser et d’exiger une aide de la part des habitants. Finalement, les seniors sont les plus bienveillants. Les jeunes gens, à fuir. Au passage, quelques clichés volés :

Une mine d’or, cet atelier : les plus grands couturiers y commandent leurs pièces maîtresses (true story)

En vue du festival des couleurs, Holi !
Toutes ces jolies photos ramenées témoignent en fait d’un combat de tous les instants. Des que nous dégainions notre appareil ou que notre présence était notée, c’était systématique : tous les habitants au balcon prêt à nous épier. Liberté réprimée …vite, vite, on se barre et on se cache ailleurs pour nos petits shootings.
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Les tant convoitées petites habitations bleues sont situées en plein centre sur une colline, où il est très compliqué de s’y retrouver. Perdues, nous nous sommes vues et face à des montagnes de déchets nous nous sommes retrouvées, au fond d’impasses improbables. Un véritable labyrinthe ! Avec des sueurs froides à chaque nouveau recoin : sur quoi ou qui allions nous tomber cette fois-ci ? Exténuées, tant physiquement que psychologiquement, on cherche un restaurant pour souffler et se poser. Hop, un roof top ! Magie de l’Inde et beauté de sa diversité qui ne peut souvent s’apprécier qu’en prenant de la hauteur. Nous savourons un délicieux nan et dressons un (triste) bilan : finalement, nous ne sommes en sécurité qu’en l’air..
Pour le reste, c’est l’affront permanent. Jolie vue tout de même à apprécier, et, l’après-midi avançant trop rapidement, il est temps de se diriger vers le célèbre fort de la ville.
D’un pas hésitant, mais avec un sens de l’orientation pour sûr assuré et au détour de conversations évitées avec de jeunes hommes, nous parvenons à trouver notre chemin. L’art de provoquer la chance, ou de bénéficier encore et toujours de sa belle étoile…c’est de se pointer innocemment 5 minutes avant la fermeture de la billetterie dont nous ignorions royalement les horaires officiels. Ni une ni deux, on court le visiter !
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Et dire que nous aurions pu louper ce bijou du Rajasthan. De loin, un des palais les plus émouvants que nous auront visité. De par son cadre, sa hauteur, sa finition, et la puissance qu’il dégage. Le travail sur les murs et fenêtres est si délicat que l’on dirait là aussi de la dentelle, sculptée dans des blocs de pierres. Un travail titanesque témoin de la démesure des rois Rajasthanis.
Bref, jolie Jodhpur, je t’ai aimée autant que je t’ai haïe.
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